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Paysages imaginaires/Rêves de Monuments à la Conciergerie

27th déc 2012 Blog 0

Vu aujourd’hui la magnifique exposition Rêves de Monuments à la Conciergerie. Une succession de peintures, dessins, photographies, documents audio et vidéo et livres, de l’enluminure à l’image graphique et digitale, du Moyen Age jusqu’à nos jours, pour témoigner de l’évolution du monument dans l’imaginaire, des croquis d’architectes aux décors de théâtre en passant par les peintures et dessins du monument dans l’imaginaire gothique et romantique (mes salles préférées). Une magnifique photo argentique prise sous l’eau. Une peinture sur huile saisissante et d’autres merveilles.

Cette exposition m’a rappelée deux questionnements permanents que j’ai en photographie. Tout d’abord l’attrait de l’homme pour les ruines. Et la  fonction de photographie de paysage au delà d’une simple représentation de la réalité (qui m’intéresse peu). A ce sujet, le Bloc-Notes de JC Béchet dans Réponses Photo N°250 (janvier 2013) est intéressant car il s’intéresse à la « notion » de paysage. Et cite Robert Adams, le photographe américain spécialiste de « paysages tristes » qui a récemment écrit » la photographie de paysage peut nous offrir trois formes de vérité: la géographique, l’autobiographique et la métaphorique » Je trouve cela très vrai. En même temps, j’aurais tendance à dire que toute photographie de paysage, qu’elle soit géographique, autobiographique ou métaphorique, n’est jamais qu’une photographie de soi-même, déguisé au monde et dans le monde, comme l’image dans le tapis de Henry James. A travers la photographie du monde, et de ses paysages, c’est toujours une recherche de la première photographie de soi que l’on photographie toute sa vie, en cela je partage entièrement la vision de Serge Tisseron (Le mystère de la Chambre Claire, photographie et inconscient, Flammarion)

J’ai commencé par photographier des paysages de manière « réelle » (nets/piqués/couleur en numérique) pour témoigner d’un esthétisme ou d’une simple mémoire de voyage. Avec le passage à l’argentique, puis au moyen format, puis au noir et blanc ou virage, j’ai pu commencer à exprimer ce que m’intéresse vraiment, la part de rêve, d’inconscient, d’autobiographie dans la manière de photographier un paysage et l’utilisation du flou,ou d’une faible profondeur de champ, d’une vitesse basse ou de tous les éléments, y compris la vue sur verre de visée, permettant une recherche de la trace de soi qui a le temps d’émerger à la prise de vue, même quitte à surprendre même le photographe qui n’aura pas eu le temps de « voir » le détail qui l’avait attiré et ne découvrira cette trace, cette vérité autobiographique de soi qu’ensuite au tirage dans la chambre noire. Une révélation sur soi par devers soi et au-delà de soi, voilà pour moi la photographie de paysage. Et cette vérité du Titien que « la peinture commence quand ce que l’on voit n’a plus rien à voir avec ce que l’on regarde » (toujours cité par JCB dans Réponses Photo)

Dans une série que je travaille au labo en ce moment avec F. ,une attirance particulière un jour que j’ai eu de photographier en noir et blanc une forêt de bambous dans le parc ancien de Bagatelle. Attirée par la mouvance des arbres…par la lumière qui se joue dans les troncs…C’est ce que je pensais. Il faut toujours aller plus loin. Si on passe assez de temps au même endroit, on s’apercevra souvent à la fin de la séance de prise de vue, dans les dernières images, que c’est autre chose de plus essentiel que l’on photographie, quelque chose de soi plus profond. Cette forêt m’attirait à cause d’un mur qui la cernait, et derrière lequel, frontière visible et invisible entre deux mondes, à peine ourlé par la lumière sur quelques feuilles de lierres, l »on devinait à peine toute un autre paysage, l’au-delà. Ce mur est pour moi une autobiographie profonde. Un mur qui séparait deux propriétés d’une maison de famille. Un mur que mon arrière grand-mère m’a fait franchir un jour en ouvrant une porte de fer et nous a fait déboucher sur une maison de maître abandonnée ayant appartenu à ses parents, dont je me souviendrai toujours et que je ne cesse de photographier à travers toutes les ruines que je photographie. Ce mur est aussi un passage entre l’enfance et le monde adulte à travers l’éveil au temps, à la mort, à la perte. L’enfant qui rentre dans la temporalité. C’est pour moi le passage du mur. Et ce que les mots même n’arrivent pas à transcrire,

Rêves de Monuments

étant trop finis, je tente de les photographier pour ne faire que les suggérer. Un monde perdu. Une totalité (le monde de l’enfance) qui se fragmente. Et toujours la beauté de ce qui a été.

Rêves de Monuments

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